Bourgogne 2020 – Rapport de vendanges

Les vendanges 2020 vivent leur derniers instants en Bourgogne. Cette fin de récolte 2020 offre l’opportunité de faire un point sur la précocité, la maturité, la qualité et les rendements du vignoble de Bourgogne.

Un démarrage de vendanges (très) précoce

La maturité est arrivé précocement et cela a déclenché des vendanges étonnamment tôt.

Jusqu’à la fin des années 80, les vendanges en Bourgogne étaient généralement autour du 28 septembre. Date moyenne calculée sur dans ke cadre d’une étude des vendanges à Beaune entre 1371 et 2010 (selon les passionnants travaux de Thomas Labbé et Fabien Gaveau). La rupture arrive en 1988 ou les dates les plus précoces sur ces 600+ années deviennent la référence entre 1988 et 2018. Ainsi la nouvelle date moyenne constatée est le 5 septembre (étude complétée à nouveau par Thomas Labbé en 2018). Les vendanges 2020 en Bourgogne sont donc de 14 jours en avance sur cette nouvelle date moyenne !

Il est également coutume de dire que les vendanges arrivent 100 jours (la réalité est désormais plus proche des 90 jours) après la floraison. Cette année 2020 n’a pas dérogé à la règle puisque la floraison est apparu autour de la mi-mai. Si on part sur une floraison le 15 mai, en y ajoutant 100 jours, on tombe sur le 23 août. Ce qui correspond aux premiers coups de sécateurs pour les vins tranquilles.

Qu’est-ce qui explique cette précocité?

Cette floraison ayant démarré tôt, les vendanges en toute logique sont précoces. Sans chercher les causes plus lointaines du réchauffement climatique, la précocité de cette campagne de vendanges est liée à deux éléments :

Un hiver doux

On le rappelle, la Côte d’Or est sur un type de climat océanique à tendance semi-continentale. Ce qui laisse supposer un hiver froid. Comme le démontre le relevé de température (station de Dijon) ci-dessous, ce dernier hiver a été beaucoup plus chaud que d’habitude avec une moyenne des températures de 5,9°. Décembre 2019 a été le deuxième mois de décembre le plus chaud depuis 1934 et Février 2020 a vu plusieurs jours avec des températures supérieures à 15°.

Un printemps chaud

Le printemps a lui aussi été chaud. D’ailleurs cette période correspond quasiment aux dates de confinement et tout le monde se souvient de ces belles journées ensoleillées.

Ainsi les températures du printemps dernier ont été supérieures aux normales saisonnières (base 1981 à 2010, Station de Dijon). Sur ce graphique, les normes sont en pointillés.

Températures 2020 – Dijon (source Infoclimat.fr)

Un hiver doux, suivi d’un printemps chaud avec plusieurs jours de pluie mi-mai ont ainsi accéléré le cycle végétatif de la vigne.

Quels impacts de cette précocité sur les vendanges?

A court terme

Le premier impact est d’ordre court terme : celui de l’organisation des équipes de vendanges. Avec des vendanges plus tôt que dans les dernières décennies, il y a de moins en moins d’étudiants parmi les vendangeurs. On trouve plus de personnes travaillant dans le secteur agricole et qui se déplacent de régions en régions au fil des récoltes (maïs, pommes de terre, mirabelles, vignes, …). Il faut trouver la main d’oeuvre nécessaire sur une période ou soit les gens sont occupées sur d’autres travaux agricoles, soit ils sont en vacances.

Mais les vendanges, c’est aussi une importante activité au domaine et en cuverie. Cela demande donc que l’espace soit libre afin de recevoir le raisin. Les cuves doivent être vides et les tonneaux prêt à recevoir le nouveau vin en devenir. Cela peut poser un problème au niveau de l’élevage des vins du millésime précédent. Mais également en cascade selon les rendements entre les deux millésimes, apporter une tension supplémentaire sur le marché d’occasion des tonneaux.

A moyen / long terme

Sur le moyen et long terme, cela implique que la nature accélère son rythme. La maturité du raisin arrive plus vite et ce dans des périodes climatiques plus chaudes, plus sèches également. Comme le conclu également Benjamin I. Cook (Chercheur Climatologue à l’University of Columbia, NYC) déjà en 2016, on est en droit de se poser la question de l’impact climatique sur la production et la qualité des vins. Nul doute qu’une adaptation humaine, technique et végétale sera à prendre en compte.


Premiers retours sur la qualité et les rendements de cette campagne 2020

Sur la qualité du raisin, le sourire est là. Le travail en vert aidé de la météo ont permis d’offrir de très beaux raisins et dans un superbe état sanitaire. Il faut cependant noter que la sécheresse a eu malgré cela des effets lourds dans certaines zones. On constate ici et là de la grillure dans le vignoble. Les baies sont asséchées et ne donneront pas de jus. Aucune données disponibles aujourd’hui sur le volume de griller mais de ce que j’ai pu voir et entendre, cela reste modéré au niveau global du vignoble de Bourgogne.

Sur les rendements, là aussi, il faut attendre les premiers chiffres officiels mais il apparaît que les volumes seront corrects. Plus sur les blancs que sur les rouges d’ailleurs. 2020 ne sera pas aussi riche 2018 mais devrai être bien au dessus de la maigre année 2019.


On retiendra donc que le millésime 2020 a été anormalement précoce mais que les raisins récoltés permettront de faire de magnifiques vins. La question des rendements et des volumes trouvera par contre sa réponse dans quelques temps.

Olivier

Passionné de la Bourgogne et de ses grands vins, je souhaite partager avec vous des clés pour découvrir et comprendre les vins de Bourgogne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.